pere et filsUn poète m'a dit...

Un jour mon père me dit...


Tu sais fiston
Moi j’ai fait la légion
J’ai badouré sans fin
De l’Agrque au Tonkin
J’en ai vu des horreurs
Car la guerre est terrible
Je n’avais jamais peur
Rien ne m’était pénible.

Tu vois ce képi blanc
Il a fait tout le voyage
Il est devenu gris
Car il a pris de l’âge
Regarde cette cicatrice
C’est mon album souvenir
Fidèle sur ma liste
Il me fait tant souffrir.

Mais vois-tu aujourd’hui
Je bois pour oublier
Ce qui hante mes nuits
Cette vie déracinée
Non je ne cherche pas
A trouver des prétextes
Mais je ne comprends pas
Même dans les meilleurs textes.

Alors si tu voulais
M’écouter un instant
Simplement je pourrais
T’expliquer mes tourments
Mais surtout te parler
Afin que tu comprennes
Que cette société
N’est pas faite pour qu’on s’aime

Méfies-toi
De tout ce qui t’entoure
Sois fidèle, marche droit
Jusqu’à ton dernier jour
Ne prends jamais les armes
Contre des innocents
Sauf sur un cri d’alarme
Pour sauver tes enfants.

Aucun homme ne peut dire
Qu’il est maître en ce monde
Et qu’il nous faut détruire
Ceux qui sont en surnombre
Aime, aime bien sûr
Mais sois très vigilant
N’offre qu’à coup sûr
Mais sois très vigilant
N’offre qu’à coup sûr
Tes réels sentiments.

Ne compromets jamais
Ta vie pour un amour
Car les femmes tu sais
Te quitteront un jour
Choisis bien tes amis
Ils seront peu nombreux
Mais resteront unis
Quand tu auras besoin d’eux.

Sois respectueux des êtres
Mais avance lentement
Offres-toi sans paraître
En restant tolérant
Tu sais fiston
Si j’avais su tout ça
Lorsque j’étais enfant
Je n’en serais pas là
Je serais différent.

Aujourd’hui c’est trop tard
Je suis un alcoolique
On rit de mes histoires
Dans ce monde hypocrite,
Il ne faut surtout pas
Rire de ceux qui tombent
Qui vont à petit pas
Titubant, vers leur tombe.

Leur vie sera souvent
Ton image dans la glace
Si tu es imprudent
Tu en perdras la face
Mais ils n’ont rien compris
Certains de leur savoir
Ils offrent leur génie
Qui n’est que désespoir.

Mais toi fiston bats toi
Ecoute ma prière
Ne fais pas, comme moi
Ne suis pas ces vipères
Il n’es tplus là mon père
Mais souvent il me parle
Et son vocabulaire
Me bouleverse et m’alarme.

L’alcool avait changé
La couleur de son sang
Si bien qu’un soir d’hiver
Près de Ménilmontant
Il a fini sa vie
Dans un vieux manteau noir
Abandonné de tous
Comme un réel clochard.

Comme tu avais raison
Toi le beau légionnaire
Sois fier de ton fiston
J’ai transmis ta prière.

Léon-Yves BOHAIN